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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 06:45

... on marche sur la tête.

 

Suite à l'excellente revue de presse de Mister Bob's, j'ai reçu quelques messages ayant trait à l'environnement et à l'état du monde actuel. J'en ai retenu trois : une info sur le septième continent, le texte largement diffusé de Fred Vargas, et un poème de Louis Calaferte.

Très bonne lecture.

 

Project Kaisei
Anthony Besson
Bonjour,

Je vous contacte aujourd’hui parce que nous lançons une campagne internationale de collecte de dons en faveur de l’ONG « Project Kaisei » qui lutte contre la pollution des déchets plastiques dans l’océan Pacifique. Vous avez d’ailleurs peut-être déjà entendu parler du tristement célèbre 7ème continent de plastique grand comme la France qui existe au large de la Californie.

septième continent

 

L’ONG Project Kaisei, composée de scientifiques et de passionnés de la mer, s’est donnée pour mission d’étudier ce « vortex de plastique » pour trouver des solutions. Cette collecte de dons servira à financer leur prochaine expédition.
La campagne se déroule sur Facebook et tourne autour d’un concept pour l’instant encore inédit : un poisson rouge nommé Kai sera filmé en direct pendant 30 jours du 10 mai au 10 juin.
Cette campagne de dons pour sauver les océans intéressera peut-être votre blog ?
• L’opération se déroule à l’adresse suivante : http://on.fb.me/savekainow
• Vous pouvez trouver toutes les informations relatives à la campagne sur ce lien : http://pitch.pe/144478
• La vidéo de lancement est également disponible à cette url : http://youtu.be/TFpHp0qvnU0
Je reste à votre entière disposition si vous souhaitez plus d’éléments sur la campagne.
Bien cordialement.

 

Revue de Presse

Denis, Ci-joint un texte de Fred Vargas

 

   Nous y voilà, nous y sommes.
Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance, nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides àl'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
  On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s'est marrés.
  Franchement on a bien profité.
  Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
 Certes.
  Mais nous y sommes.
 A la Troisième Révolution.
  Qui a ceci de très différent des deux premières ( la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
  « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
  Oui.
  On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).
  Sauvez-moi ou crevez avec moi
 
  Évidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux. D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.
  Peine perdue.
  Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.
 Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille
  récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
  S'efforcer.
  Réfléchir, même.
  Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
  Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
  Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
  Pas d'échappatoire, allons-y.
  Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.
  A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.
  A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
 A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.
 
  Fred Vargas
  Archéologue et écrivain

 

Vous avez laissé faire un monde de corruption.

Vous avez laissé faire un monde de mensonge.

Vous avez laissé faire un monde de lâcheté.

Vous avez laissé faire un monde d'ignorance.

Vous avez laissé faire un monde de routine.

Vous avez laissé faire un monde de pauvreté.

Vous avez laissé faire un monde d'équarriseurs.

On arrête.

On emprisonne.

On torture.

On assassine.

Et maintenant-qu'est-ce que vous espérez ?

Non, je ne suis pas mort, mais que ça ne vous empêche pas de m'envoyer des fleurs.

 

Louis CALAFERTE - Le cherche midi éditeur, 1997.


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publié par Sev et François - dans Actualités
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