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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 05:35
... Nioumachoua en effervescence.

Le Tam-Tam boeuf est une sorte de jeu populaire typiquement mohélien qui ressemble, sous certains aspects, aux courses landaises.
En général, cette fête traditionnelle vient couronner un mariage, célébrer un retour au pays, une naissance, ... Bref n'importe quelle occasion. Et selon, son importance, le boeuf est mis à mort ou non (si c'est un grand mariage, le zébu sera tué et servi à la noce).
Pour concocter un bon Tam-Tam boeuf, il faut d'abord un tam-tam (ou djembé, tambour), puis un boeuf (voire un zébu, exceptionnellement un taureau), et enfin des participants et un public enthousiastes.
Commençons par le tam-tam, accompagné d'autres instruments : synthé, batterie, guitare, ... C'est en fait tout un groupe !
Les musiciens s'accordent, répètent les dernières notes pour la plus grande joie des enfants qui n'attendaient que cela pour danser, chanter, et rire. Qu'ils en profitent, plus tard ils seront chassés de l'arène à coups de baguettes symboliques.


Le boeuf, qui pour l'occasion a revêtu sa bosse de zébu, vient d'arriver. Il est très vite et prudemment attaché (très court) à la barrière qui protège l'orchestre et les spectateurs, juste devant les enceintes.


Une partie de Nioumachoua a été bloquée pour la fête, en l'honneur du retour au village pour les vacances d'une famille vivant en métropole (si je me souviens bien). La course se fera dans un quartier sécurisé et isolé par des clôtures en bambou.
Les participants (que des hommes) se mettent en ligne de chaque côté de la ruelle, concentrés et attentifs, à part notre hôte qui sourit aux blagues de Philippe.
L'orchestre commence à jouer une musique lancinante, limite envoûtante,

qui a pour but d'exciter le zébu, et de plonger les danseurs dans une sorte de transe.
Pour bien vous mettre dans l'ambiance, en voici un petit aperçu.

Deux dames en tailleur distribuent des écharpes ou des lambs qu'elles passent autour du cou des futurs "gladiateurs". Elles seront les maîtresses de cérémonie et ne danseront pas en ligne comme les hommes.
Cette danse d'ailleurs n'en finit pas, et l'on a tendance à se laisser hypnotiser par l'obsédante et répétitive mélodie. On en oublie presque le taureau, ses cornes, et sa soif d'en découdre
.

De temps en temps, des hommes sortent des rangs et vont affronter le zébu droit dans les yeux, en s'approchant le plus près possible de lui, à portée de souffle, histoire de l'énerver un peu plus en lui caressant les naseaux à coups d'écharpe.
Moi je trouve qu'il est déjà pas mal sur le nerf l'animal, pas le peine de le titiller davantage, sinon ça va être un massacre, un vrai jeu de quilles avec mises en orbite et compagnie.
Voyez le visage très pâle, là ! N'est-il pas inquiet ? Et pour cause.

Tous les danseurs doivent aller saluer le bestiau, et notre tour approche. Si Philippe ne laisse rien paraître,

et si notre protecteur affiche un sourire goguenard, pour ma part, j'ai très vite repris mes esprits et du coup, je fais moins le fier (j'ai déjà repéré tous les coins où je pourrais me percher, au cas où).

Les derniers danseurs s'éloignent de la barrière, la musique ralentit, on chasse les derniers enfants qui veulent faire comme les grands, et ...


des âmes peu charitables détachent le zébu.  Là, c'est le "sauve-qui-peut" général, on  court dans tous les sens, afin d'éviter cet autobus qui fonce sur nous. Certains courageux font face au taureau et l'évitent de justesse en réalisant mille acrobaties, d'autres encore le hèlent pour l'attirer à eux
, sous les rires et les cris d'un public déchaîné.
En tant qu'étrangers, nous (Philippe et moi) sommes étroitement surveillés et protégés, hors de question de faire mumuse avec le paquet de nerfs. Il serait regrettable que l'on soit blessé. Mille yeux veillent à notre sécurité.
Les enfants chassés, quant à eux,  assistent au spectacle sans sourire. Leur tour viendra bien assez tôt ! (Ils n'avaient qu'à me laisser une petite place sur les toits !)

La course durera presque une heure, entre frayeur et soulagement, crispation et hilarité générale.
Ensuite on rattache l'animal à la barrière, les hommes reforment les rangs pour danser, et c'est reparti pour un tour.
A la fin, le zébu ne sera ni blessé, ni mis à mort. C'est un bien précieux et cher, l'événement n'était pas assez important pour exiger son sacrifice.
Quoiqu'il en soit, ce fut un honneur pour nous de participer à cette grande fête traditionnelle et populaire, que l'on peut retrouver aussi à Mayotte.
On ne le répétera jamais assez, les Mohéliens sont accueillants, prévenants, et extrêmement bien informés quant à leur avenir social, économique, et politique. Gentillesse ne veut pas forcément dire naïveté.


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publié par Sev et François - dans Comores
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commentaires

jonathan 20/01/2011 21:13



ben moi j'aime pas cette pratique, sans faire le rabat-joie, car y en a marre de s'amuser avec des animaux. Ils ne sont pas faits pour ça !


encore heureux qu'ils ne sont pas tués ou piqués...


Mayotte est suffisamment et autrement riche culturellement pour se passer de ce genre de jeux de "bourrins", si vous me permettez.


Salut les amis


 



Sev et François 25/01/2011 15:51



Et oui, tu as peut-être raison, il ne faut pas jouer avec des animaux, ça peut paraître cruel, même s'il n'y a pas de mise à mort. Le tam-tam est un jeu traditionnel, et culturel aussi !



ludiana 02/07/2010 11:04



j'ai beaucoup aimé lire cet article, on s'y croirait!



Sev et François 04/07/2010 11:44



Merci ! C'était un chouette moment et une belle fête. J'avoue que j'ai quand-même eu quelques frayeurs.



brz 30/03/2010 22:11



avec la musique en plus!


merci pour ce chouette petit voyage



Sev et François 31/03/2010 14:23



Et oui c'est plus sympa avec le son, et puis ça fait de bons souvenirs. Tu verras, il y en a un peu partout sur le blog, de la musique et divers sons.


Merci pour le commentaire amigo !



les van de cav 23/11/2009 21:36


bravo frérot,iloé le gardois est fier de toi!
zoub de nous 5


Sev et François 24/11/2009 06:32


Merci la family, mais je ne ferai pas ça tous les jours ! Beaucoup trop d'émotions. Iloé le gardois gardian doit être beaucoup plus habitué que moi !


David 17/11/2009 14:18


Bravo pour ce chouette reportage !


Sev et François 18/11/2009 12:51


Merci pour le commentaire, en espérant que la suite vous plaira également.


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